jeudi 29 mars 2018

-2- Biographie de l'abbé Noël Carlotti

Informations trouvées dans la revue de 2011 de « Résistance en Touraine et en région Centre » N°6 « Pages 35 à 42 » et sur le site http://www.resistance-corse.asso.fr/fr/mediatheque/biographies/c1/

Le Chanoine Noël Carlotti, résistant de Channay-sur-Lathan

( Né le 28 Octobre 1900 à Pietroso « Corse » 
et décédé à l’hôpital de Bretonneau de Tours en 1966 à 66 ans )


  • Noël Carlotti est ordonné prêtre en 1925, puis vicaire en 1929, et finalement il devient le curé de Channay-Sur-Lathan en 1932.

  • Il est mobilisé en Algérie en 1939 comme aumônier, puis renvoyé dans sa paroisse en 1940 avec le grade de capitaine.

  • Il entre réellement en résistance en septembre 1942 et rejoint le réseau Cohors-Asturies le 7 septembre 1943 sous un pseudonyme, rendu nécessaire par la clandestinité: "Nulla Cosa" qui veut dire en corse « aucune importance ».

Quels sont les actes de résistance auxquels participent l'abbé Carlotti ? Ils sont nombreux et variés, ce qui rend son parcours impressionnant, quel courage ! Plusieurs de ses interventions ont directement participé à la libération de la Touraine, sans compter celles qui ont été liées à l'entraide.
  • La principale activité du réseau est de rassembler des informations, surtout pour Tours et particulièrement sur les mouvements de troupes (transports de marchandises et de ravitaillement pour les armes).
  • L'abbé poursuit son action en résistance en trouvant de nouveaux résistants (d'autres religieux, son beau-frère ... ).
  • Il se renseigne sur les trains de Saumur, les dépôts de vivres et de munitions de Cinq-Mars-la-Pile, les convois allemands, les escadrilles de Parçay-Meslay et le dépôt de bombes de Chatenay.
  • Il participe aussi à la récupération de parachutages et aide au passage de la ligne de démarcation. Les informations récupérées permettent de bombarder (avec l’aviation alliée) les sites repérés. Il homologue les terrains de parachutage de Saint-Laurent-du-Lin et de Lublé.
  • Son réseau détruit le convoi de Château-du-Loir. 
  • Il cache deux parachutés « chargés de missions » jusqu’à leur départ, des prisonniers (il leur donne également des faux papiers) et des réfractaires au STO (Service du Travail Obligatoire). Il leur trouve du travail avec des hôtes bienveillants. Il recueille et soigne des aviateurs alliés qui sont ensuite en route pour l'Espagne ou l'Angleterre.  
  • Le chanoine Noël Carlotti possédait une petite imprimerie dont il tire des tracts incitant au sabotage ou dénonçant des collaborateurs tourangeaux (un millier de tracts sont ainsi faits en 1943). Il est ensuite aidé de Jacques Blanco pour les distribuer (qui organise des navettes entre Channay-sur-Lathan et Tours). Il fabrique aussi des faux papiers d’identité, militaires, et des faux certificats de démobilisation. Il a été sollicité pour aider à des émissions radios clandestines à Londres !


Le danger permanent de la Gestapo: 
Les réseaux de résistance sont traqués sur tout le sol national par la Gestapo. Louis Pons se retrouve dénoncé par des agents doubles alors qu’il fournit de faux papiers à un réfractaire au STO en relation avec un membre de la Gestapo de Tours. Il parvient à s’enfuir mais le Père de la Perraudière est arrêté en pleine nuit. Un dirigeant du réseau, François Rochas-Barnariat est aussi arrêté. Il dit qu’il connaît tous les membres du réseau. Les arrestations se multiplient tout le long de l’hiver 1943-1944 dans le groupe de Tours. François Rochas-Barnariat est déporté et décède en déportation. Jacques Blanco est arrêté ainsi que l’abbé Lhermite, curé d’Esvres. 

Le chanoine Carlotti doit lui aussi être sur ses gardes, il se méfie et accueille la Gestapo qui fait irruption de 8h à 12h30 dans son presbytère. Il nie tout et la Gestapo repart sans rien. Il avertit immédiatement le réseau. Il est réinterrogé plusieurs fois le 26 janvier 1944 (arrêté puis relâché pour fautes de preuves) puis le 28 mars 1944. A 7h30, il est prévenu par une paroissienne, ce qui lui donne le temps de cacher son neveu réfractaire au STO et les faux papiers d’identité. Toutefois, il est arrêté puis renvoyé au siège de la Gestapo, mais il lui reste des faux papiers qu'il n'a pas eu le temps de dissimuler, qui le mettent en danger lui et un prisonnier. Faisant preuve de courage et de ressources, l'abbé fait semblant d'avoir mal au ventre et cache discrètement les papiers derrière une plaque de plâtre lorsqu’un officier l’accompagne pour sortir.

L'abbé est à nouveau interrogé, sur diverses choses (bombardement de Saumur, poste émetteur renseignant Londres, etc...). Il est ensuite fait prisonnier au sous-sol où il passe la nuit avec le Père de la Perraudière. Le lendemain, il est interrogé une nouvelle fois mais l’interrogatoire est plus musclé. Plusieurs questions et sujets sont abordés: le fait que 17 des jeunes hommes de sa paroisse ne soient pas partis au STO, les terrains d’atterrissage de parachutes autour de Channay... L’abbé se retrouve ensuite confronté à Louis Pons qui n’a pas été exécuté et qui affirme les actions de résistance de l’abbé, notamment son intervention dans la préparation des terrains de parachutage. L’abbé nie tout et Louis Pons est alors frappé, jusqu’à en perdre connaissance. Cette fois-ci, les Allemands ne le laissent pas partir: l’abbé est envoyé dans la prison Henri-Martin à Tours pour deux mois. Il y est régulièrement battu et doit y être fusillé. Au final, il n’est pas fusillé mais envoyé dans le camp d'internement de Royallieu (dans l'Oise).


Mai-juin 1944: L'abbé Carlotti est interné, déporté, mais essaie de continuer sa résistance.
Dans le camp de Royallieu, à Compiègne, l'abbé prépare une évasion mais se retrouve séparé de ses coéquipiers qui s’évadent sans lui. De fait, il est déporté en camp de concentration, en Allemagne, au sud-est d'Hambourg. Le 7 Juin 1944, il arrive à Neuengamme et entre dans un camp gardé par les SS.
Durant sa déportation, il donne le moral aux autres pour ne pas perdre le sien, dans ce processus de déshumanisation mis en place par les Nazis. Il devient 34316, un numéro, et n’est plus Noël Carlotti officiellement. Il doit effectuer des travaux forcés, et peine à se reconnaître tellement les déportés changent physiquement. 

L'abbé Carlotti est affecté au camps de Watenstedt, dans les usines d'Hermann Goering. Il doit y fabriquer des obus et d’autres bombes pour les armées allemandes.
Sa situation se dégrade en octobre 1944, car la pluie arrive, le froid aussi, ainsi que de longues marches à pied. C'est très dur physiquement. L’usine est bombardée en janvier 1945, mais les détenus n’y sont alors pas. Malheureusement pour eux, ils doivent entièrement la reconstruire sous les coups de leurs gardes. 
L’abbé continue tout de même son devoir d’abbé en commémorant tous ses camarades défunts. Watenstedt est évacué le 7 avril 1945 mais le voyage de retour dure 6 jours et les conditions sont atroces . Certains n’y survivent pas: ce sont des marches forcées et violentes. 
L'abbé découvre un nouveau camp, un camp horrible, d'où les survivants seront rares. Les déportés ne sont pas nourris et certains ont même recours au cannibalisme pour survivre. Fin avril, les derniers subissent à nouveau une longue marche vers la Baltique (150kms, dans des conditions abominables).
Ce sont enfin des chars américains qui parviennent à mettre un terme à ce calvaire: les soldats alliés désarment les SS qui leur laisse les derniers détenus qui ont survécu par miracle. Ils sont « remis en état » avant d’être rapatriés le 6 mai. L’abbé reste lui avec les agonisants.

Suite à cette déportation particulièrement longue et difficile, l'abbé Carlotti a énormément de mal a être réadapté à la vie normale suite aux expériences qu’il a vécu. Néanmoins, il devient tout de même porte-parole des déportés. Après 2 mois de repos en Corse, il est nommé à Esvres-sur-Indre en remplacement de l’abbé Lhermite décédé en déportation. Il y poursuit ses activités telles que l’enseignement ou le sport dans cette commune moins politisée.
Surtout, ses activités au sein des associations d’anciens déportés prennent de l’ampleur et il fait de nombreux voyages dans toute la France. Il est à la tête du Comité d'épuration de 1945 qu'il quitte en 1950, mais ensuite, il continue à défendre la mémoire de ceux qui se sont engagés à ses côtés.

Il a été nommé commandeur de la légion d’honneur et médaillé de la résistance.
Une rue porte son nom à Fondettes.


Il meurt le 19 janvier 1966 à Tours et est inhumé le 8 août dans son village natal (Pietroso).

Ce parcours vécu par Noël Carlotti nous a particulièrement marqué, ému, et correspond à un moment fort de nos recherches: il illustre l'engagement, les différentes formes d'actions, les risques et les violences qu'ont subis ceux qui ont défendu la France et qui ont participé à la libération des territoires sur lesquels nous vivons aujourd'hui.

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